La France va renforcer les contrôles aux frontières pendant sa présidence de l’UE

Emmanuel Macron a annoncé hier des objectifs ambitieux pour la présidence française de l’Union européenne (UE) à compter du 1er janvier. L’une des priorités est le contrôle des frontières et l’augmentation des flux migratoires pour éviter des crises comme celle récente à la frontière avec la Biélorussie et le Pas de Calais, ou pour réagir plus efficacement.

Six mois de leadership institutionnel français chevaucheront la campagne pour l’élection présidentielle, qui se tient en avril. Cela représente une opportunité pour Macron, qui verra sa stature s’améliorer, mais aussi un risque en cas de pépin.

Paris veut que le déficit reste flexible et réfléchit à un autre plan de relance général

La présentation d’aujourd’hui à l’Elysée sera suivie de la première visite à Paris du nouveau chancelier allemand, le social-démocrate Olaf Scholz. Le succès du plan français dépendra en grande partie de l’implication du nouveau gouvernement à Berlin. Sans le moteur franco-allemand, peu de choses pourraient bouger en Europe. Macron n’a rien dit sur les profondes divergences qui existent avec la nouvelle coalition allemande dans des domaines tels que la défense, l’énergie ou la suppression du droit de veto dans les décisions du Conseil de l’Europe.

L’accent mis par Macron sur l’amélioration de la gestion des frontières et la réforme de l’espace Schengen s’inscrit dans l’idée générale d’aller vers une « Europe pleinement souveraine », « propriétaire de son destin » et « puissance dans le monde ». Rejetant ces arguments, il donne le sentiment que Macron transfère à l’UE la même philosophie qu’il a défendue pour la France, à savoir une autonomie stratégique obstinée, une politique que tous les présidents ont défendue, avec nuance, depuis de Gaulle.

Les questions sur les frontières et l’immigration seront au cœur de la campagne électorale car la droite et l’extrême droite se tourneront chaque jour vers elles. Macron ne pourra pas y échapper. Il servira de porte-drapeau en Europe.

Le président français a proposé « un leadership politique de l’espace Schengen », à l’image et à la ressemblance de ce qui se faisait dans les domaines économique et financier. Cela signifie des réunions régulières des ministres en charge des frontières et de l’immigration. Paris proposera un mécanisme institutionnalisé d’aide d’urgence à un pays en cas de crise grave, comme la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Ce mécanisme prévoira le déploiement des troupes de Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières, et des ressources humaines et matérielles d’autres pays partenaires. Présidence française
L’Union européenne doit également servir
renforcer la coopération avec les pays d’origine de la migration.

Dans le domaine de la défense et de la sécurité, Paris ambitionne de finaliser un livre blanc européen sur la question, document qui définira les menaces communes et les réponses qu’il convient d’apporter en termes de coopération opérationnelle, de manœuvres conjointes et d’alliances industrielles. Ce livre blanc devrait être achevé à temps pour proposer une position commune au sommet de l’OTAN à Madrid en juin.

La France mettra l’accent sur les relations avec l’Afrique car « la stabilité et la prospérité de notre environnement » sont d’une importance primordiale en termes de sécurité. Il s’agissait d' »européen » l’engagement militaire actuel de la France au Sahel ; en d’autres termes, inviter d’autres partenaires à s’impliquer davantage dans les attaques anti-jihadistes et aider les pays fragiles de la région.

Outre le sommet entre l’UE et l’Union africaine, prévu à Bruxelles, la France accueillera un sommet dans les Balkans occidentaux, autre région sensible et à haut risque.

Sur le plan économique, Paris veut construire un consensus sur la consolidation d’un nouveau modèle européen de croissance et d’investissement qui a déjà commencé à se refléter dans ses plans de relance après la crise pandémique. Macron va appuyer sur l’accélérateur pour que l’UE devienne une force dans la transition énergétique et dans l’économie numérique, un « levier » pour l’emploi qu’il faut pleinement développer. La France estime que les règles de déficit de l’Europe doivent rester flexibles pour soutenir la reprise et que les autres plans de relance généraux, tels que ceux convenus pour faire face à la pandémie, ne doivent pas être tabous.

Interrogé sur les relations difficiles avec la Grande-Bretagne, Macron a rappelé le mépris des contrats de sous-marins australiens. Il a répété qu’il était un amoureux de la Grande-Bretagne et de ses habitants, mais a admis, à contrecœur, qu’il souhaitait vivement qu’à Londres il y ait « un gouvernement qui veuille travailler de bonne foi avec nous ».

Lazare Abraham

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