Gouvernement d’Emmanuel Macron : la France peine à définir un mot : laïcité | International

Hommage au professeur assassiné Samuel Paty, à Poissy, près de Paris, en octobre dernier.ISA HARSIN/SIPA (SIPA)

Un petit organisme public de quatre salariés, un autre dans le tissu de la bureaucratie géante de l’administration française, est au centre d’une bataille colossale pour définir un mot : laïcité. L’Observatoire de la laïcité, conçu par le président conservateur Jacques Chirac en 2007 et créé sous la présidence socialiste de François Hollande en 2012, vit peut-être ses derniers jours.

Le gouvernement d’Emmanuel Macron n’a pas renouvelé le mandat de son président, le vétéran politique Jean-Louis Bianco. Et il a annoncé vouloir supprimer la poste, ce qui, avec ses vues libérales sur la laïcité, tourmente depuis des années les défenseurs d’une vision plus restrictive des principes concernant la place de la religion en France.

La lutte pour l’avenir de cette organisation est le thermomètre de l’évolution du président Emmanuel Macron. « La laïcité, c’est la liberté plutôt que l’interdiction », a écrit le président dans Révolution, le livre qu’il a publié lors du lancement de sa campagne à l’Elysée en 2017. « Il a été créé pour permettre à chacun de s’intégrer dans la vie commune, et non de mener une bataille contre telle ou telle religion, et encore moins d’exclure ou de choisir ».

Désormais, certains des ministres les plus agressifs pour la laïcité sont accusés, précisément, de rejeter la faute sur les musulmans, comme ce fut le cas il y a quelques mois du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, lorsqu’il exprima son dégoût pour le rayon halal des supermarchés. . . . La soi-disant loi contre le séparatisme islamique a été applaudie par des personnalités de la laïcité stricte, comme l’ancien Premier ministre Manuel Valls.

« Cela s’est développé », a déclaré l’ancien Premier ministre à EL PAÍS il y a quelques jours. « Lorsque vous devenez président, la réalité sur laquelle ce pays a été fondé s’impose finalement. » La disparition de l’Observatoire de la laïcité, dont la mission est de conseiller le Gouvernement pour veiller au respect de ce principe dans la fonction publique, attend la décision définitive du Premier ministre, Jean Castex. S’il était confirmé, ce serait une victoire pour l’interprétation de Valls de la laïcité.

« Il nous semble juste que cette structure évolue », a déclaré la semaine dernière la ministre des Citoyens Marlène Schiappa. « En conséquence, les questions laïques n’occupent pas la même place dans la société qu’il y a huit ans. » Schiappa a annoncé la décision devant le Sénat, où l’opposition conservatrice, majoritaire à la Chambre, a adopté plusieurs amendements qui renforcent la loi contre les séparatismes. L’un de ces amendements interdirait aux femmes musulmanes de moins de 18 ans de porter le voile dans la rue.

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Les pressions pour fermer l’entité ont commencé après la décapitation aux mains de l’islamiste Samuel Paty, un professeur de lycée qui, dans un cours sur la liberté d’expression, a montré des caricatures de Mahomet publiées dans l’hebdomadaire satirique. Charlie Hebdo. Plus tard, le ministre collaborateur Schiappa a accusé Nicolas Cadène, rapporteur de l’Observatoire et numéro deux au Bianco, dans la presse française de « concerner la lutte contre la stigmatisation des musulmans plus que de défendre la laïcité ».

« La polémique sur l’Observatoire après le meurtre macabre de Samuel Paty est moralement intolérable », a réagi Cadène dans une conversation téléphonique. « Cela implique une responsabilité partagée de la part des membres de l’Observatoire car ils alertent depuis des années sur la nécessité de renforcer l’accompagnement et la formation des enseignants sur la laïcité et l’enseignement laïc des faits religieux dans les écoles. »

La laïcité se conclut généralement par référence à l’article premier de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. L’article 1 dit : « La République garantit la liberté de conscience. Cela garantit la libre pratique du culte avec les seules limitations énoncées ci-dessous dans l’intérêt de l’ordre public. L’article 2 complète : « La République ne reconnaît, ne rémunère ni ne subventionne aucun culte. »

Aujourd’hui deux visions se font face, chacune convaincue d’être la bonne. La première met l’accent sur le respect et la protection des religions et des minorités, et s’oppose à l’interdiction aux femmes musulmanes de porter le niqab dans les espaces publics, tout en défendant son interdiction dans les écoles. La deuxième vision voit la laïcité comme un outil contre les attaques contre la République par les fondamentalistes, catholiques il y a un siècle, et musulmans aujourd’hui, et aspire à un contrôle plus strict de l’utilisation des signes religieux.

« Avec cet Observatoire, depuis huit ans, la République se tire sur elle-même », a-t-il dénoncé à hebdomadaire Point l’essayiste Caroline Fourest, défenseure d’une conception stricte de la laïcité. « Le problème n’est pas son interprétation de la loi de 1905, mais son impossible complaisance avec les démarches qui le mettent en danger. » Fourest alléguait par exemple que Bianco et Cadène avaient signé une tribune qui, après les attentats de Paris en novembre 2015, avec un leader du Collectif contre l’islamophobie en France, avait déjà été dissoute en raison de sa proximité avec l’islamisme.

« Il y a des responsables politiques qui, en fait, défendent des conceptions qui ne sont pas des lois ou des lois de 1905, mais qui sont bien plus restrictives et répressives », estime Cadène, persuadé que cette lecture de la laïcité pourrait conduire à des interdits qui se nourrissent aux dépens de la radicalité. discours. « On peut se demander si les accusations portées contre l’Observatoire ne relèvent peut-être pas d’une volonté de changer l’équilibre de la laïcité. Si c’est le cas, il y a lieu de s’inquiéter.

Lazare Abraham

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